Rechercher dans ce blog

08 novembre 2011

Un plan d’austérité « mou du genou »


Voilà comment est accueilli par la presse unanime le deuxième plan de lutte contre la crise - et sûrement pas le dernier - présenté lundi 7 novembre par François Fillon. 
Irresponsable, inefficace et pas crédible, tels sont encore les termes employés par la plupart des éditorialistes pour décrire ce plan, qualifié par François Hollande « d’incohérent, d’injuste et d’inconséquent » lundi soir sur France 2. 
Critiquant la hausse de la TVA à taux réduit sur la culture, les livres, les transports, passant de 5,5 à 7%, le candidat socialiste à l’élection présidentielle constate que se sont encore les classes populaires qui vont faire les frais de cette hausse. Sur les 18 milliards d'euros d'efforts budgétaires sur les deux plans de l'année, 85% du montant est constitué d'augmentation d'impôts, et 15% seulement de réduction de dépenses.

En effet, la plupart des mesures touchent le plus grand nombre, comme la revalorisation des prestations sociales qui sera gelée à 1 % pour 2012, indexée non plus sur l'inflation mais sur la croissance, la limitation à 1% de l’augmentation des allocations familiales ou de logement, la diminution des remboursements de l’Assurance maladie, la modification de la réforme des retraites de juillet 2011 avec le passage de l'âge légal à 62 ans avancé d'une année, en 2017, la réforme du Prêt à Taux Zéro ou encore le revirement sur la baisse de la TVA dans la restauration, baisse pourtant durement arrachée par la droite auprès de Bruxelles pour satisfaire cette profession. 
En avril 2009, en échange de promesses de hausse de salaires, de nouvelles embauches et de baisse de prix pour les consommateurs, l’Etat faisait passer le taux de TVA de 19,6% à 5,5% dans la restauration. « Relever ce taux serait un contresens économique », affirmait encore le 20 octobre dernier le Premier ministre, évoquant les conséquences sur l'emploi. 
Elle est pourtant aujourd’hui augmentée à 7%, confirmant par-là l’inutilité de la baisse depuis plus de 2 ans et son inefficacité (non seulement les hausses de salaires n’ont pas eu lieu, mais les emplois ne sont pas au rendez-vous - 25 000 créés au lieu des 80 000 promis, et les prix des consommations n’ont pas cessé d’augmenter).   
Cette mesure, selon F. Fillon, devrait rapporter 400 millions d’euros alors que la baisse avait coûté 2,5 milliards de recettes ! Autre victime de la rigueur, le crédit d'impôt développement durable qui subira «un rabot supplémentaire de 20%». La fiscalité verte serait-elle sacrifiée ?

Pour faire bonne mesure et montrer qu’il n’épargne pas les plus riches, le plan prévoit que l'impôt sur les sociétés des grands groupes affichant un chiffre d'affaires supérieur à 250 millions d'euros par an sera relevé, à titre exceptionnel, de 5% en 2012 et 2013, « jusqu’au retour en dessous de 3% de déficit public ». Pour les grands groupes ? 
En fait, ceux-là parviennent à mieux optimiser la fiscalité que les PME et payent parfois moins d'impôt qu’elles. Mais pourquoi ne pas aller plus loin et supprimer la niche Copé sur l'exonération fiscale des plus-values encaissées par les holdings en cas de vente de leurs filiales ou titres de participation détenus depuis plus de deux ans ? Cette suppression pourrait pourtant générer une rentrée de plusieurs milliards.

Sur le train de vie des dirigeants et les salaires des ministres (13 à 14 000 eur/mois) et du chef de l’Etat (21 000 eur/mois), contrairement à certains dirigeants européens qui ont baissé leurs rémunérations de 10% pour montrer l’exemple, il est déplorable de voir qu’il n’est prévu dans le plan Fillon que de geler ceux-ci. Rappelons que N. Sarkozy n’avait pas manqué de s’augmenter de 170% (!) dès son arrivée à l’Elysée sous prétexte de mettre son traitement au niveau de celui du Premier ministre. 
Sur ce point, François Hollande a promis qu’il irait encore plus loin s’il arrive aux commandes de l’Etat. "Si je suis élu président de la République, si je forme un gouvernement, il n’y aura non pas un gel, il y aura une baisse de 30% du salaire du président de la République et des ministres", a-t-il encore déclaré sur France 2.

En fin de compte, ce plan n’est qu’une succession de « mesurettes » qui touchent encore les plus modestes et épargnent les plus riches et n’a d’autre ambition que de rassurer les salles de marché et les agences de notation à l’approche de la campagne présidentielle. D’ailleurs, en marge du G20 à Cannes, un conseiller élyséen avait - anonymement - confié à deux journalistes du Monde : « Si Nicolas Sarkozy perd le triple A, il est mort. La philosophie de ce plan est simplissime et correspond à ce que souhaitent le FMI et les agences de notation : des mesures extrêmement engageantes à terme, mais qui ne pèsent pas sur la conjoncture immédiate ». CQFD.

Texte rédigé par Frédéric Penalver

Aucun commentaire: